C’est l’un des derniers feuilletons de l’épisode de la chute de l’emblématique patron de l’entreprise Gome (国美, Guomei), Huang Guangyu. Condamné à 14 ans de prison et 600 millions de yuan d’amende le 18 mai dernier, il risquait en réalité la peine de mort, car les faits qui lui étaient reprochés auraient dû, selon la loi chinoise, l’envoyé à une mort (presque) certaine.

 Dans sa chute, il entraîne d’autres magouilleurs que lui, et pour le moment 5 hauts fonctionnaires de niveau provincial ont été pris dans les filets de ce qu’on appelle désormais l’affaire Huang Guangyu. Mais l'entreprise aurait noué des contacts avec des milliers de fonctionnaires (et graisser combien de pattes ?), la chute de ce patron, symbole de la réussite incroyable en Chine de ces entrepreneurs sans complexe, est d’autant plus brutale et inquiétante pour ses colistiers, que son succès avait été fulgurant !!

 Les contacts qu’il avait noués « s’infiltraient » jusqu’au plus haut sommet de la dictature chinoise, c’est dire si ceux qui le fréquentaient dans ses années de gloire doivent trembler à l’heure actuelle que ne leur tombe à bras raccourci les enquêteurs des différents pôles anticorruption, des services de sécurité intérieure ou autres services plus ou moins obscurs.

 Le premier personnage important à être « tombé de cheval » (落马, perdre son poste), en rapport avec les agissements de la société Guomei, fut l’ancien vice-président de la Cour populaire de justice (instance judiciaire la plus élevée de Chine), Huang Songyou, inquiété dès la fin de l’année 2008. Ensuite, ce sont de hauts responsables politiques comme le secrétaire du parti de la province du Zhejiang (un des postes les plus élevés dans une province chinoise), le maire de Shenzhen (il assumait également les responsabilités de secrétaire adjoint du parti de la ville de Shenzhen), etc., qui ont été arrêtés ! 

 Rappelons que plus de 1000 fonctionnaires (ou plusieurs milliers) auraient été corrompus à des degrés divers. Les magasins Guomei (Gome, vend des produits électroniques grand public) sont présents presque partout en Chine ; cela veut donc tout simplement dire qu’à chaque implantation d’un magasin, les dirigeants n’avaient pas d’autres choix que de graisser quelques pattes pour pouvoir s’installer ! Est-ce que la situation de l’entreprise de Guomei est unique en Chine, bien sûre que non ; comment les grandes sociétés étrangères réussissent-elles à s’implanter dans cet immense gâteau qu’est le marché chinois ; comment les grandes enseignes françaises (européennes et occidentales en général) arrivent-elles à se déployer sur le territoire chinois ? Elles ne verseraient pas elles aussi des hongbao ? Hum, hum !!

 Alors pourquoi le pouvoir chinois s’en est-il pris à Huang Guangyu ? Avait-il trop de pouvoir (économique et – ou - politique), avait-il trop d’ambition ? La corruption auquel se livrait sa société était-elle trop visible ? Qu’en est-il des grandes banques chinoises, des pétroliers, des assureurs, des constructeurs automobiles…, car toutes ces sociétés doivent se battre partout en Chine tant la concurrence est féroce pour conquérir ou conserver ses parts de marché ; tout cela a un coût très élevé, car les petites « complications » rencontrées se résolvent bien souvent par le versement de nombreux et généreux hongbao.

 L’entreprise Guomei a-t-elle des pratiques différentes des autres sociétés chinoises, bien sûres que non ! À intervalle irrégulier, le pouvoir communiste doit frapper fort pour essayer de montrer à sa population qu’elle agit ! L’ampleur de la corruption, dans cette affaire, n’est pas vraiment inhabituelle, que les médias donnent un chiffre aussi élevé, cela est plus inhabituel. Et enfin, les divers organismes d’enquêtes et de contrôles ne se sont-ils aperçus de ces pratiques qu’en 2008 ? Il faudrait vraiment être naïf pour le croire ; certains de leur membre n’auraient-ils pas eux aussi reçu quelques enveloppes, mais là c’est une autre histoire ! Faudra-t-il que les dirigeants chinois mettent en place des organismes chargés de contrôler les contrôleurs et les enquêteurs ?

 La corruption est un véritable fléau en Chine, l’exemple de la société Guomei permet de se faire une idée de sa diffusion dans la société chinoise. Nous pouvons enfin conclure par la surprenante clémence du tribunal qui a condamné Huang Guangyu ; en temps normal, cela lui aurait valu une condamnation à mort ! Alors pourquoi une amande aussi salée assortie d’une peine de 14 ans de prison ? Encore une histoire de hongbao ?

 

Source : 搜狐,BLOG痛快

Wangyoann